La loi Pinel vaut-elle vraiment le coup pour investir ?

La loi Pinel a été introduite de manière à corriger l’image globale des agents immobiliers. Ce serait un marché réservé à ceux qui ont de l’argent et se connaissent eux-mêmes.Ce n’est évidemment pas vrai, mais les mythes ont un longue vie.La promesse de la loi Pinel est qu’il est maintenant possible d’investir sans avoir d’argent vous-même, d’agrandir vos actifs grâce à des taxes à moindre coût et d’obtenir une valeur ajoutée à la fin du processus.La promesse sera-t-elle tenue ?

Le dispositif Pinel, qui porte le nom de Sylvia Pinel, ancienne ministre du Logement, s’inscrit dans le Code général des impôts et a vu le jour via la loi de finances de 2015. L’objectif affiché : ouvrir la porte à une réduction d’impôt sur le revenu pour les personnes acceptant de louer un logement nu comme résidence principale, pour une période minimale de 6 ans. Derrière ce texte, la volonté de booster l’investissement dans les logements neufs ou transformés, et d’apporter un souffle à la construction locative.

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Lancé en 2015, juste après la crise financière, le Pinel visait à faire surgir de nouveaux logements en misant sur ceux qui souhaitent se constituer un patrimoine locatif. Il succède à la loi Duflot et à la loi Madelin, tout en apportant des avantages supplémentaires, notamment des options sur la durée d’engagement locatif et sur les taux de réduction fiscale.

Le dispositif s’adresse à tous les contribuables résidant en France et payant leurs impôts sur le territoire. Il permet désormais de choisir la durée de location : 6, 9 ou 12 ans, alors que la loi Duflot n’offrait qu’une seule option. Plus l’engagement est long, plus la déduction fiscale grimpe : 12% pour 6 ans, 18% pour 9 ans, 21% pour 12 ans, dans la limite de 63 000€ sur 12 ans. Exemple concret : pour un investissement de 300 000€ sur 12 ans, l’avantage fiscal maximal sera de 63 000€ (soit 6 000€ par an pendant 9 ans, puis 3 000€ par an les 3 années suivantes). Sur 6 ans, un placement de 200 000€ ouvre droit à 24 000€ de réduction d’impôt.

En 2018, le gouvernement a prolongé la loi Pinel dans le cadre du projet « Habitat, Mobilité, Logement », avec quelques ajustements mais sans bouleverser la mécanique pour les investisseurs. L’idée : renforcer l’efficacité du dispositif.

Le dispositif de la loi Pinel prolongé jusqu’à 2024, avec des avantages en baisse

La loi Pinel a été prorogée au-delà du 31 décembre 2021, mais la fin est prévue pour 2024, avec une baisse progressive des taux de réduction fiscale dès 2023. À partir du 1er janvier 2023, la réduction d’impôt tombe à 10,5% pour 6 ou 9 ans d’engagement, et 17,5% pour 12 ans. En 2024, ces taux passeront respectivement à 9%, 12% et 14%.

Autre évolution : depuis janvier 2021, seuls les logements situés dans des copropriétés sont éligibles. Les maisons individuelles sont exclues, sauf celles dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2021.

Résumé des conditions de la loi Pinel

Pour profiter du dispositif, le bien doit être loué dans l’année qui suit l’achat, une contrainte qui ressemble surtout à une évidence, puisqu’il faut commencer à rembourser le crédit. La France est découpée en cinq zones selon la tension du marché locatif ; seules les zones où la demande dépasse l’offre (dites « tendues ») ouvrent droit à la réduction d’impôt.

Les zones éligibles à Pinel se concentrent sur A, A bis et B1, depuis que B2 et C ont disparu du dispositif en 2018. Voici comment se répartissent ces zones :

  • Zone A : Île-de-France, Côte d’Azur, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Genève française
  • Zone A bis : Paris et petite couronne
  • Zone B1 : agglomérations de plus de 250 000 habitants, Grande Couronne, villes chères (La Rochelle, Bayonne, Annecy, Chambéry, Saint-Malo…), outre-mer, Corse et îles non reliées au continent

Des plafonds de loyers et de ressources des locataires s’appliquent selon la zone. Par ailleurs, le logement doit respecter la réglementation thermique RT 2012 ou afficher le label BBC (Bâtiment Basse Consommation). Il doit aussi être destiné à la résidence principale du locataire.

Le dispositif limite à deux investissements par an, pour un montant global de 300 000€. Le prix de revient (base de la réduction d’impôt) additionne prix d’achat, frais de notaire, frais d’agence et tous les coûts liés à l’acquisition (TVA, taxes, commissions, etc.).

Pourquoi le Pinel séduit sur le papier

Présenté dans ses grandes lignes, le Pinel semble alléchant. L’investisseur achète un logement, rembourse le prêt grâce aux loyers, et se retrouve à la fin du crédit avec un bien qu’il peut continuer à louer ou revendre. Le tout, boosté par une réduction d’impôt qui dope le rendement dès le départ.

En théorie, les banques sont aussi plus enclines à financer ce type d’opération :

  • L’État encadre le dispositif
  • La réduction fiscale améliore la trésorerie dès le début
  • Le risque paraît limité grâce au contrôle du projet par l’État

Tout cela concourt à faciliter l’obtention d’un prêt sans apport. Sur le papier, c’est presque l’idéal : tous les critères de l’investissement locatif semblent réunis pour préparer sa retraite et renforcer son patrimoine. Mais la réalité rejoint-elle cette promesse ? Pour le vérifier, rien de tel qu’un exemple concret.

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Pour mettre le Pinel à l’épreuve, j’ai tenté l’achat d’un T2 à Villeneuve-Tolosane, dans la région toulousaine. Après une recherche rapide sur Google, je tombe sur un site spécialisé en Pinel opérant à Toulouse. Je choisis le premier projet venu : un T2 de 42 m², terrasse et parking inclus, affiché à 170 000€.

Pour le calcul du prix au mètre carré, on prend la moitié de la surface de la terrasse, le parking n’entre pas en compte. On arrive à 41 + (8/2) = 45 m². Le prix au mètre carré grimpe alors à 3 778 €, loin des standards du secteur.

Par principe, je ne me fie pas aux simulations du promoteur. Je vérifie moi-même. Une calculatrice fiable permet d’évaluer la rentabilité d’un investissement locatif, en ajustant tous les paramètres nécessaires. Cet outil sert aussi à comparer différentes offres et à affiner son projet.

Chez Meilleurs Agents, référence du secteur, le prix au mètre carré dans le haut de Villeneuve-Tolosane (belles adresses, qualité) plafonne à 2 700 €.

Source : Meilleurs agents

L’écart est vertigineux : 37% de plus que les biens les plus chers du secteur. On touche là à une règle de base : on ne réalise un bon investissement que si le prix d’achat est cohérent avec le marché. Ici, on part sur de mauvaises bases.

Pour aller plus loin, j’effectue une simulation Pinel avec les meilleurs taux du marché. Je découvre que le loyer est plafonné par la loi à 512 € :

Source : Meilleurs tarifs

La question de la revalorisation du bien est épineuse. Difficile d’anticiper l’évolution du marché local, ou même la qualité réelle de la construction. Les hypothèses sont fragiles, et le fait d’acheter 37% au-dessus du marché rend le pari risqué.

Historiquement, l’immobilier français a progressé de plus de 10% par an depuis 2000, et de 8,75% depuis 1900 (courbes de Friggit). Mais avec une inflation de 5%, il faudrait attendre plus de 7 ans avant que le prix d’achat rejoigne la valeur du marché. Par prudence, je pars sur une absence totale de revalorisation. C’est sans doute pessimiste, mais difficile d’être plus précis.

En l’état, il est permis de douter que cet appartement devienne rentable un jour…

Pour ce test, j’ai choisi la version longue : engagement Pinel sur 12 ans, aucun apport personnel, prêt sur 20 ans. L’idée, c’est de pousser l’effet de levier à son maximum, comme je le recommande dans mes formations.

Source : Meilleurs tarifs

Le résultat ? Sans appel :

Source : Meilleurs tarifs

Il faut sortir de l’argent de sa poche pendant 20 ans pour rendre l’opération viable. Certes, l’État donne un coup de pouce fiscal de la 2e à la 12e année, mais cela ne suffit pas à redresser la barre. Entre la 13e et la 20e année, il faudra rajouter plus de 5 000 € par an pour éviter la catastrophe financière. Ce n’est qu’à partir de la 20e année que l’on commence à voir le bout du tunnel, et encore, il faudra dix ans de plus pour combler un trou de trésorerie de près de 56 000 €.

Source : Meilleurs tarifs

Contrairement à la logique de l’investissement locatif, où le locataire rembourse intégralement le prêt, cet exemple montre qu’il faut assumer près de 20% du financement soi-même. Un taux bien trop élevé.

Source : Meilleurs tarifs

À cela s’ajoute une incertitude sur la revente. Si le bien se négocie déjà 37% plus cher que le marché à l’achat, il y a fort à parier que la revente sera compliquée, voire douloureuse.

Dans ce contexte, difficile de parler d’investissement immobilier. Le schéma profite surtout à l’État, qui récupère des impôts, et aux promoteurs, qui écoulent des biens surévalués (ici, 37% au-dessus du marché !). Payer 37% de plus pour économiser 21% d’impôt : la logique s’effondre.

Loin de préparer une retraite sereine ou de bâtir une fortune, la loi Pinel risque bien de freiner celles et ceux qui y croient. Que se passera-t-il lorsque, la période fiscale terminée, tous les investisseurs tenteront de revendre en même temps ? Si le scénario se réalise, le marché pourrait bien vaciller.

Je ne suis pas surpris par ce constat

À mes yeux, la loi Pinel n’a pas pour but de faciliter l’investissement individuel, mais d’alimenter la machine à construire, enrichir les promoteurs et soutenir les finances publiques. Un bonus fiscal en appât, et beaucoup se retrouvent à payer impôts fonciers, impôt sur le revenu, et autres taxes de compensation.

Un frein majeur du dispositif : le plafonnement des loyers. Non seulement la rentabilité devient utopique, mais on perd en autonomie sur la gestion du bien. Autre effet pervers, une distorsion du marché immobilier, dont les prix finissent par s’envoler artificiellement.

Malgré tout, le Pinel garde un intérêt dans quelques cas particuliers : louer à ses enfants ou à ses parents, pour optimiser la transmission du patrimoine. Mais est-ce vraiment le projet d’un investisseur ? D’autres solutions existent, souvent plus avantageuses.

Le bilan global du projet est très négatif

Des prix d’achat gonflés, des pertes mensuelles sur deux décennies, des loyers plafonnés, le risque d’une revente massive en fin de période fiscale, et des perspectives de plus-value hypothétiques… À part l’intérêt pour la transmission familiale, il est difficile d’y voir un quelconque avantage.

Les 5 raisons de ne pas miser sur la loi Pinel

Voici cinq arguments qui devraient faire réfléchir ceux qui envisagent ce dispositif :

  • L’ancien reste le choix le plus judicieux pour investir dans l’immobilier locatif. On paie moins cher, on peut déduire ses travaux, et l’avantage fiscal final rivalise avec celui du Pinel.
  • Avec des loyers plafonnés et des locataires protégés, le risque d’impayés grimpe. La sélection des candidats devient plus délicate.
  • Il faut financer soi-même une part du projet, ce qui va à l’encontre du principe même de l’investissement locatif où le locataire rembourse le prêt. Pour ma part, je n’ai jamais injecté d’argent dans mes achats locatifs, seul l’effet de levier des banques doit jouer.
  • En cas de revente groupée à la fin de la période fiscale, le marché immobilier local pourrait plonger. Ce scénario se rapproche dangereusement.
  • Les prix d’achat sont souvent gonflés, car les promoteurs profitent de l’attrait fiscal pour augmenter leurs marges.

Deux leçons à retenir

  • Mieux vaut investir dans l’ancien si l’on cherche un placement rentable.
  • Ne vous contentez jamais des simulations des promoteurs. Faites vos propres calculs, à l’aide de méthodes éprouvées.

Dernier conseil

Dans la leçon 39 de ma formation immobilière, je détaille des stratégies plus efficaces pour optimiser la fiscalité de ses investissements locatifs, notamment grâce à la loi Denormandie. Une comparaison complète y est proposée entre la rentabilité du Pinel et la mécanique du déficit foncier.

Investir dans la pierre, c’est avant tout maîtriser les règles du jeu. Découvrez tous les leviers de l’immobilier généralement ignorés par le grand public.

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